Commençons en BD, par ces histoires et portraits de femmes.
Habibi, de Cariag Thompson, paru chez Casterman dans la collection Ecritures.
Dodola a neuf ans lorsqu'elle est vendue et mariée à un scribe. Quand son mari est assassiné sous ses yeux par des voleurs, elle s'enfuit et trouve refuge dans l'épave improbable d'un bateau échoué en plein désert, en compagnie d'un enfant appelé Habibi. Ils vont grandir ensemble dans cet endroit étrange, au rythme des histoires racontées par la jeune femme.
Il y a beaucoup de choses dans ce pavé (672 pages), des dessins sublimes, dans l'esprit des calligraphies arabes, des histoires dignes des Mille et une Nuits, des cases qui évoquent le destin des femmes, celui du genre humain aussi finalement, à travers la déchéance de l'environnement, les problématiques liées au manque d'eau, etc, etc. Beaucoup de choses, vous dis-je.
Olympe de Gouges, de Catel et Bocquet, toujours chez Casterman, Ecritures.
Résumé de l'éditeur : De Montauban en 1748 à l’échafaud parisien en 1793, quarante-cinq ans d’une vie féminine hors normes, et l’invention d’une idée neuve en Europe : la
lutte pour les droits des femmes.
Née dans une famille bourgeoise de province, sans doute fille adultérine d’un dramaturge à particule, Marie Gouze dit Olympe de
Gouges a traversé la seconde moitié du XVIIIe siècle comme peu de femmes l’ont fait. Femme de lettres et polémiste engagée, elle se distingue par son indépendance d’esprit et l’originalité
parfois radicale de ses vues, s’engageant pour l’abolition de l’esclavage et surtout pour les droits civils et politiques des femmes. Opposée aux Robespierristes et aux ultras de la Révolution,
elle est guillotinée pendant la Terreur.
Comme ils l’avaient fait avec Kiki de Montparnasse, Catel et Bocquet retracent de façon romancée, mais avec une rigueur historique
constante, le parcours de vie de cette femme d’exception, dont les idéaux très en avance sur son temps ont forgé quelques-unes des valeurs clés de nos sociétés d’aujourd’hui. En quelque trois
cent planches de création exigeante et généreuse, un magnifique portrait féminin et un hommage vibrant à l’une des figures essentielles du féminisme.
Olympe de Gouges est en fait Marie Gouzes, mais elle décide de son nom comme elle décide de qui partage sa vie, de ce dont cette vie sera faite, que cela soit "convenable" ou non. Encore une fois, j'ai flashé sur le trait, sur ce beau dessin ainsi que sur l'intelligence du récit, et encore une fois, beaucoup apprécié les compléments en fin d'ouvrage (notices biographiques bien utiles !)
Dans la catégorie : je ne sais pas si j'ai aimé ou non ? : Le blanc va aux sorcières, de Helen Oyeyemi, éditions Galaade, 2011.
Résumé de l'éditeur : Dans un univers néogothique, Miranda n’est pas comme tout le monde. Elle souffre d’un mal étrange, le pica, qui la pousse à
manger de la craie. A la mort de sa mère lorsqu’elle a 16 ans, son monde réel devient encore plus fragile. Elle rejoint la demeure familiale de son père à Douvres,une maison d’hôtes
mystérieuse.
Je me demande donc encore si j'ai aimé ou non ce roman... Une chose est sûre, il m'a énormément fait penser à Stephen King, du
point de vue de l'atmosphère, dans cette façon qu'a l'auteur de faire parler chacun des protagonistes, nous permettant ainsi de raccrocher certains passages entre eux, faisant la lumière, petit à
petit, sur ce malaise grandissant, sur ce qui se déroule dans la maison du 29 Barton Road à Douvres...
Une atmosphère que j'ai trouvée lourde, poisseuse, mais dont je n'ai malgré tout pas pu me défaire avant le fin mot de l'histoire.
Avis aux amateurs, donc !
Un mot aussi sur l'objet lui-même : c'est un livre très particulier jusque dans sa mise en page, dans les débuts de chapitre... Je
ne connaissais pas du tout l'éditeur, Galaade éditions, mais ça me donne envie d'aller voir leur catalogue.
Direction la Nouvelle-Orléans, avec En attendant Babylone, de Amanda Boyden, Albin Michel 2010.
Eté 2004 : Orchid Street est en train de changer. Ariel May et son mari juste arrivés du Minnesota essaient de prendre la mesure de leur nouvelle ville. Depuis sa véranda, Philomenia
Beauregard observe ses nouveaux voisins, les Gupta, originaires d'Inde, qui emménagent dans l'une des plus grandes maisons. De l'autre côté de la rue, un adolescent noir vient de sortir de maison
de correction. Plus loin, Cerise Brown espère juste finir ses jours tranquillement. Mais un incident va venir perturber le calme apparent de ce quartier et tandis que l'ouragan destructeur
s'annonce au loin, de nouvelles tensions apparaissent, des relations évoluent et le destin de ces familles bascule, pour le meilleur ou pour le pire. A travers cinq voix, En attendant Babylone
raconte une année dans Orchid Street, mais c'est avant tout le portrait d'une Amérique fissurée par les différences de races et de classes, une Amérique qui nous ressemble étrangement.
De la Nouvelle-Orléans, on a bien évidemment beaucoup parlé depuis Katrina, de ce qui y est passé, des scènes atroces qui ont pu y avoir lieu... Et bien ce roman que j'ai beaucoup aimé se déroule avant, au moment du passage de l'ouragan Ivan. C'est une tranche de vie, une chronique d'un quartier de cette ville, d'une rue en particulier : Orchid Street. Il y a là des nouveaux arrivants du Minessota, dont la femme Ariel doit diriger un grand hôtel de la vieille ville, le mari Ed, restant à la maison pour s'occuper de leurs deux enfants (prénoms :Ella Fitzgerald et Miles Davis, si, si). Il y a aussi dans le voisinage un couple de retraités noirs amoureux comme au premier jour, un couple de blancs dont l'un a un cancer et l'autre des soucis avec le bar d'à-côté, une famille étendue de noirs (parents, enfants, et petits-enfants de filles mineures) et fraîchement débarqués, la famille Gupta, d'authentiques Hindous. Tout ce petit monde évolue dans la moiteur de la Nouvelle-Orléans, dans l'ambiance du Mardi-gras, de l'attente et des évacuations qui rythment la vie au pays des ouragans... Une très belle galerie de personnages, dont le premier semble être la ville elle-même.
Un détour par le Moyen-Âge, dans Chien du Heaume,de Justine Niogret, J'ai Lu.
On l'appelle Chien du Heaume parce qu'elle n'a plus ni nom ni passé, juste une hache ornée de serpents à qui elle a
confié sa vie. La quête de ses origines la mène sur les terres brumeuses du chevalier Sanglier, qui règne sans partage sur le castel de Broc. Elle y rencontre Regehir, le forgeron à la gueule
barrée d'une croix, Iynge, le jeune guerrier à la voix douce, mais aussi des ennemis à la langue fourbe ou à l'épée traîtresse. Comme la Salamandre, cauchemar des hommes de guerre... On l'appelle
Chien du Heaume parce qu'à chaque bataille, c'est elle qu on siffle. Dans l'univers âpre et sans merci du haut Moyen Age, loin de l'image idéalisée que l'on se fait de ces temps cruels, une femme
se bat pour retrouver ce qu'elle a de plus cher, son passé et son identité.
Belle surprise que ce petit roman, dévoré d'une traite. Chien du Heaume, c'est le seul nom auquel puisse répondre l'héroïne, vu
qu'elle ne se rappelle rien de ce qu'a été son enfance, hormis la vie qu'elle a menée avec son père, un mercenaire redoutable. Elle est d'ailleurs devenue mercenaire elle aussi, allant de château
en château et de villes en villages, à la poursuite de ses souvenirs... On est donc au Moyen-âge, et donc la vie est loin d'être tranquille : ça tue, ça vole, ça essaie de survivre de toutes les
façons possibles. Un des personnages m'a beaucoup fait penser à Le Compagnie des Menteurs, de
Karen Maitland, lu et adoré il y a peu, c'est étonnant (bah non, je ne dis pas qui). Bref,
chouette histoire, qui n'a pas usurpé ses prix (celui de l'imaginaire et celui des Imaginales). Au moment où je vous écris, je
viens de découvrir qu'il y a une suite ! Encore mieux !
Et enfin, mes préférés : les aventures de Walt Longmire, dont voici le premier volume : Little Bird, de Craig Johnson, éditions Gallmeister.
Après vingt-quatre années au bureau du shérif du comté d'Absaroka, Walt Longmire aspire à terminer sa carrière en paix. Ses espoirs s'envolent quand on découvre le corps de Cody
Pritchard près de la réserve cheyenne. Deux années auparavant, Cody avait été un des quatre adolescents condamnés avec sursis pour le viol d'une jeune Indienne, Melissa Little Bird. Jugement qui
avait avivé les tensions entre les deux communautés. Aujourd'hui, il semble que quelqu'un cherche à se venger.
Alors que se prépare un blizzard d'une rare violence, Walt devra parcourir les grands espaces du Wyoming sur la piste d'un
assassin déterminé à parvenir à ses fins.
Avec Little Bird, premier volet des aventures de Walt Longmire, Craig Johnson nous offre un éventail de personnages pourvus de
suffisamment de sens du tragique et d'humour pour remplir les vastes étendues glacées des Hautes Plaines.
Des personnages bien campés, de belles descriptions (mais pas trop longues) d'où transparaissent l'amour de l'auteur pour cette nature du Wyonming, une enquête, des indiens Cheyenne, de l'humour aussi, ben je ne sais pas vous, mais moi ça me va très bien. Pour qui deviendrait inconditionnel de Walt et compagnie, les trois suivants sont disponibles en français : le camp des morts, l'Indien blanc et Enfants de poussière.
Passons le relais à Valérie, qui commence par un roman du même auteur que la Reine des lectrices, que nous avions lu à nos débuts :
So shocking ! Alan Bennet, Denoël 2012.
Mrs Do
naldson et Mrs Forbes ont la cinquantaine. Mariées et mères de famille, elles sont ce que l'on pourrait appeler des "femmes respectables" de la middle-class anglaise. La
première, vieille dame effacée que le veuvage vient de libérer d'un mariage trop ordinaire, s'apprête à goûter à la solitude altière et digne à laquelle son nouveau statut la prédispose. La
seconde, matrone surprotectrice, a des idées bien arrêtées sur tout, et voit d'un oeil critique les noces de son fils Graham, conseiller bancaire séduisant et passablement narcissique, avec la
disgracieuse Betty. Mais voilà qu'un souffle libertin vient bousculer ce havre de respectabilité petit-bourgeois. Mrs Donaldson devient la logeuse de deux étudiants en médecine qui, en fait de
loyer, offrent leurs ébats sexuels à ses regards voyeuristes. Quant à Mrs Forbes, il faut toute la ruse de son entourage pour lui camoufler les frasques de son fils, homosexuel non avoué, qui
assouvit ses pulsions en louant les services d'un prostitué. Fantaisie impertinente sur une libération sexuelle tardive et farce familiale se mêlent ici pour un régal de lecture impudique et
subversive.
C'est un roman dont je ne sais que penser. Je ne sais pas si j'ai aimé ou pas. On retrouve l'humour anglais et le côté satirique de l'auteur, que j'avais découvert lors de ma lecture précédente "La Reine des lectrices". Malgré tout ce roman qui se compose de deux nouvelles m'a pas autant fait rire que le précédent. L'auteur a voulu parler de la sexualité qui se vit sans tabou à l'intérieur des maisons, mais pas d'un point de vue extérieur, où la morale tient toute sa place.
L'écriture, la patte de l'auteur, l'humour anglais sont toujours là, mais malgré tout... Dommage.
Un pur hasard, de Frédérique Deghelt, les éditions du moteur, 2012.
Yann et Benoît se sont connus au lycée. À l'époque, ils étaient toujours fourrés ensemble, inséparables. Lorsqu'ils se retrouvent par hasard, un matin vingt ans plus tard, dans une rue
de San Francisco, c'est à peine s'ils se reconnaissent. Celui qui était déjà pianiste et plaisait beaucoup aux filles a connu le succès, mais il affronte depuis quelque temps le déchirement de
son couple. L'autre, jadis matheux et asocial, entre joyeusement dans la quarantaine : il vient tout juste de rencontrer la femme de sa vie. Chez ces deux-là, la vie de l'un semble toujours
prendre le contre-pied de celle de l'autre. Que reste-t-il de leur amitié et ont-ils encore quelque chose à partager ?
Un tout petit livre pour une petite histoire d'amour. Très vite on comprend où l'auteur nous emmène et c'est dommage ! Toutefois ce court roman (54p.) a le mérite de nous faire réfléchir sur l'amour et sa pérennité, sur la vie de couple.
Pour finir, ta-dam, roulement de tambour :
Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, de Jonas Jonasson, chez Pocket.
Le jour de ses cent ans, alors que tous les notables de la ville l'attendent pour célébrer l'événement, Allan Karlsson s'échappe par la
fenêtre de sa maison de retraite quelques minutes avant le début de la fête organisée en son honneur. Ses plus belles charentaises aux pieds, le vieillard se rend à la gare routière, où il dérobe
une valise dans l'espoir qu'elle contienne une paire de chaussures. Mais le bagage recèle un bien plus précieux chargement, et voilà comment Allan se retrouve poursuivi par la police et par une
bande de malfrats… Commence alors son incroyable cavale à travers la Suède, mais aussi, pour le lecteur, un étonnant voyage au coeur du XXe siècle, au fil des événements majeurs auxquels le
centenaire Allan Karlsson, génie des explosifs, a été mêlé par une succession de hasards souvent indépendants de sa volonté.
J'ai adoré ce roman, à la fois historique et contemporain. C'est l'histoire d'Allan Karlsson qui s'enfuit de sa maison de retraite le jour de ses 100 ans. A partir de là les évènements s’enchaînent. Il va faire la rencontre de personnages atypiques : julius voleur de son métier, Benny vendeur de hot dog, Mabelle qui jure comme elle respire, Sonja une éléphante... Parallèlement à toute cette aventure, on va découvrir la vie d'Allan, et celle-ci est oh combien passionnante, il va en effet rencontrer Franco, Mao, Churchill, Truman... Je recommande chaudement ce roman. A lire absolument.
Et voilà, c'est tout pour cette veillée ! la prochaine aura lieu mardi 26 juin à 19h30 à Longchaumois. d'ici-là, régalez-vous !
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Les rebelles n'ont plus d'autre choix que de remporter l'ultime combat contre l'Empire ou de périr.
Oscar Drai, 15 ans, a disparu pendant une semaine du pensionnat où il est interne. Tout commence par la découverte d'une
mystérieuse maison en apparence abandonnée. Il y fait la connaissance de Marina, la fille du propriétaire, une adolescente de son âge à l'intelligence très vive. Celle-ci va l'entraîner dans une
enquête ayant pour point de départ le cimetière de Barcelone.
En Pologne, quelques années après la chute du communisme. Le cadavre d'un homme est retrouvé dans la forêt
qui entoure le bourg de Jadowia. Leszek, un ami de la famille, comprend vite que l'assassinat est lié à l'histoire trouble du village. Mais dans cette petite communauté soudée par le silence,
l'ère communiste a laissé des séquelles et personne n'a intérêt à réveiller les fantômes du passé.



Et enfin,
Rosa vient de perdre Egon, son père « adoptif », seul lien qui la rattache encore à sa maison d’enfance à Meknès, au Maroc.
Venue pour un dernier adieu et pour régler la succession, prête à faire table rase de cet héritage qui l’encombre dans sa vie bien établie et bien réglée de Saint-Germain-en-Laye, elle va retrouver
une part d’elle-même soigneusement enfouie, depuis vingt ans. 
Un chirurgien blanc, veuf, élève seul son fils. Il va devoir s'occuper du cas du fils d'une jeune femme noire. C'est le début
d'une amitié si forte que les enfants se définissent comme frères. Mais la vie va les amener sur des chemins différents.